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mardi, 22 juillet 2008
Party time in Beirut

Ci-dessus - et je ne sais pas pourquoi la partie droite de la photo a été coupée - ni comment l'ajuster :( - la vue depuis le bar Central... Une photo qui représente bien les contradictions de ce pays entêtant.
Beyrouth cet été est bondée - on sent clairement que sa population, le temps de quelques semaines, a doublé ou presque. Circulation étranglée, traffic monstre, voitures étrangères - saoudiennes, qataries, qui arrivent peu à peu - chaleur et pollution, foules dans les bars, foules sur les plages. Et les locaux attendent beaucoup d'expats encore pour le mois d'août. Les travaux continuent sur toutes les chaussées, on creuse par 35 degrés, crée des embouteillages. Les ouvriers, rouge écrevisse, transpirent sous un soleil de plomb, coulent le ciment à cinq centimètres des berlines et des Mercedes déglinguées.
Malgré le luxe tapageur des bars branchés - et une ambiance festive que, je crois, on ne voit presque jamais à Paris - malgré cela la guerre ressurgit à chaque coin de rue. Le garde qui recharge sa kalach au moment où vous passez devant lui, histoire de frimer un peu. Le milicien qui passe un miroir sous votre voiture à l'entrée du restaurant, pour détecter une bombe cachée. Les routes et les ponts en perpétuelle reconstruction, l'infrastructure bordélique. Les checkpoints de l'armée, infiniment plus nombreux qu'il y a quatre ou cinq ans. Les checkpoints, pas de l'armée, improvisés par des civils armés. Ca reste une zone de guerre, comme me l'a rappelé un journaliste libanais sur place. Pile, la décadence bon enfant. Face, la destruction et l'insécurité, le développement toujours en cours.
Peut-être pour dépasser tout ça, on fait la fête sur les toits - la mode du moment. Dans l'entrée des bureaux du Nahar, quotidien local, s'affiche une photo de Gébrane Tuéni, assassiné en 2005. Au sommet de l'immeuble, un paradis artificiel : c'est le White, bar jet-set où même les paquets de Marlboro sont rhabillés de blanc.


Et on enfile les shots comme des perles. Ici c'est alcool fort, sinon rien. Commandez une coupe de champagne : il vous en coûtera vingt dollars, et il sera mauvais. Sirupeux, aux bulles comme afaissées, écrasées par l'humidité ambiante. Mais les cocktails, ça, la maison maîtrise. Les barmen jonglent avec leur shaker, l'envoient virevolter, vous balancent trois manzanitas on the house. Pas de légèreté ni de fraîcheur - quand Beyrouth s'offre le luxe d'un été de paix, les nez refaits plongent dans la Stoli vanille, les jeunes hommes qui se cherchent dans le Black Label. Les expats sont là pour un tour d'adieu, et c'est ça qui est drôle à Beyrouth : chaque mois, chaque semaine, peut apporter un tour d'adieu. Les Beyrouthins - et les Tel-Avivniks - me disait un ami, boivent comme si le monde allait finir demain.

17:50 Publié dans Loulou voyage | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note






































Commentaires
cette note me rappelle enormement tout ce que j'ai lu sur la "bulle" a Tel Aviv, notamment un tres bon article dans GQ l'annee derniere. Ca doit etre passionant a vivre de l'interieur (et un peu effrayant?)
Ecrit par : matt | mercredi, 23 juillet 2008
@ matt : je n'ai jamais été à Tel-Aviv mais d'après les reportages que j'ai vus et mes amis qui connaissent bien, c'est tout à fait similaire :) Voir ça... un peu effrayant par moments, oui, quand on se demande si ce sont des feux d'artifice ou des balles réelles qui font ce bruit.. Passionnant, pour sûr - on sent qu'il y a plein de contradiction, de strates différentes... C'est assez intense!
Ecrit par : Loulou | mercredi, 23 juillet 2008
A te lire on a quand meme l'impression qu'il y a un profond malaise parmi tous ces gens. Je suis toujours impressionnee par la capacite des libanais a faire bonne figure mais quelquefois je me dis que cette volonte de vouloir aller toujours vers l'avant, cet eternel optimisme et bien cela les a en partie empeche de faire une sorte de therapie collective qui s'impose toujours a la fin d'une guerre. D'ou cette eternel recommencement espoir/deception et ca fait des annees et des annees que ca dure. Et je ne vois pas vraiment comment cela peut changer car les bases sont toujours aussi instables. Et a titre individuel la guerre a fait d'enormes degats. Je ne compte plus les amis de mon mari (il est libanais) qui sont drogues, ex drogues ou bien morts d'overdose. L'alcool bien sur et l'hypocondrie. Je n'ai jamais rencontre autant d'hypocondriaques qu'au Liban. Mon commentaire est tres long, desolee, le sujet me tient a coeur, je pourrais en parler des heures, et ce pays pourrait faire tellement mieux c'est rageant. Et merci pour ton article, tres interessant.
Ecrit par : Gaelle | mercredi, 23 juillet 2008
@ Gaelle : merci pour ton com. Tu as raison, il y a un vrai malaise - ce que je décris, c'est l'expérience d'une semaine de vacances, autant dire la surface. Les Libanais font preuve d'une résilience étonnante, en fait assez mystérieuse. Tout le temps se relever... Et faire la fête pour oublier. Mais il suffit de gratter un peu la surface... Alcoolisme et drogue, pour sûr - je le vois autour de moi. Ca me fait peur quand je vois des jeunes de 20 ans enfiler 4, 5, 6 whiskys et puis conduire. Et pas occasionnellement, mais tous les jours. Tu as raison aussi quand tu dis que les problèmes de fond ne sont pas résolus. Et quand on voit le confessionnalisme des gens - y compris, bien souvent, des jeunes - on se dit que ce n'est pas gagné. En plein Gemmayzé (quartier de bars et de fête) un Samedi soir, embouteillage : les uns klaxonnent avec un klaxon aouniste, les autres avec un klaxon dénoté "forces libanaises", etc. Ca, c'est démentiel. Il y a un vrai contraste entre cette joie de vivre d'une part, et le monde politique pourri de l'autre. Oui, il y a une "majorité silencieuse" qui méprise toute la classe politique, mais il y a aussi plein de jeunes pour te demander ton nom de famille dès qu'ils te rencontrent, pour savoir à quelle religion tu appartiens, si tu es fréquentable ou non. Et par ailleurs je vois deux sortes de jeunes - d'un coté ceux qui se revendiquent d'être Libanais, sont très attachés au pays ; de l'autre, ceux qui n'attendent que de partir, qui se sentent mal dans cette société...
Bref, moi aussi j'ai fait trop long : vaste sujet...! Je comprends ta colère. Ca pourrait être un paradis sur terre le Liban.
Ecrit par : Loulou | mercredi, 23 juillet 2008
Oui c'est vraiment deconcertant tous ces jeunes qui continuent a soutenir ceux qui ont contribue a mettre le pays a sac durant leur enfance. Comme si ces 15 ans n'avaient servi a rien. Et le klaxon, je crois qu'on pourrait faire une these sur l'utilisation et les differentes significations du klaxon au Liban!
Ecrit par : Gaelle | jeudi, 24 juillet 2008
A TEL AVIV, ils ont fait une énorme Ravev Beach party le jour où les soldats sont revenus du front libanais, l'été 2006.
Aujourd'hui, ils ont tendance à se réfugier dans le New Age.
Ecrit par : Ema ou La bienveillante | samedi, 30 août 2008
just saw this, Im dying have to put up my pics too...at last!
Ecrit par : O | mercredi, 03 septembre 2008
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